DIMANCHE

==============

    La sonnerie du téléphone tira Paul de son sommeil.
Un coup d'oeil sur le cube. Le radio-réveil indiquait 8 heures.
Etait-il décent qu'on vous téléphonât potron-minet, un dimanche ? Il n'était pas. A moins qu'on eût voulu charitablement vous rappeler l'heure de la messe. Paul en douta. On devait savoir qu'il avait lu Michel Onfray.
Il décrocha le combiné.
"Oui ?"
"C'est monsieur Ropor ? "
"Lui-même."
"Je suis Nicole, la standardiste du café "Au Rendez-vous de la Marine". J'ai un message à vous communiquer. Vous êtes invité à venir prendre le café chez nous à 14 heures, à la table du coin à côté de l'entrée."
"Puis-je vous demander par qui ? "
"Vous pouvez."
"Par qui ? "
"Je ne sais pas. On ne me l'a pas dit. Je suis responsable du téléphone et je transmets les messages que la direction me demande de communiquer. La feuille de description des tâches de mon poste de travail m'interdit toute initiative complémentaire et intempestive. Veuillez m'excuser de ne pas pouvoir vous répondre."
"Bon, pouvez-vous me passer le patron ? "
"Je suis désolé. Il est absent pour la matinée."
"Tant pis, je vous remercie."
"Au revoir, Monsieur"
C'était un téléphonage pour le moins curieux.
    Paul arriva au "Au Rendez-vous de la Marine" à 14 heures tapantes et se dirigea vers la table du coin, à côté de l'entrée.
Sept personnes étaient déjà installées et la présence d'une chaise vide confirmait qu'il était le dernier convive attendu.
   Paulette fut la première personne qu'il remarqua. Elle était en grande conversation avec Aïsha.
Alors là, quelle surprise !
Elles étaient sensées ne pas se connaître et on les trouvait en train de se parler. Quelle coïncidence !
On aurait pu penser que leur relation dût reposer sur la rivalité et non pas sur la connivence.
A l'inverse, on pouvait avancer qu'une complicité les unissait dans le partage de secrets d'alcôve.
Le plus probable était qu'elles avaient du faire connaissance, sans arrière pensée, animées par une attirance et une sympathie féminines partagées. Alors, elles échangeaient quelques propos, comme ça, entre femmes, pour passer le temps.
Au fait, de quoi parlaient elles ? Paul crut comprendre que le sujet concernait la compatibilité du port du voile avec celui du string, par la femme musulmane. Peut-on porter le premier en même temps que le second ? Est-ce que le premier exclue le deuxième ou bien le contraire ? Le prophète a-il donné son opinion sur le problème ? La charia s'est-elle prononcée sur la question. Les imams ont-ils donné leur avis ? Les ulémas se sont-ils prononcés ? Le président Khomeini a-t-il promulgué une fatwa sur le sujet ? Tout ça est évidemment très important.
    Une troisième personne, indubitablement, avait la tenue ainsi que l'apparence du conducteur de la Bentley à moins que ce ne fut celui de la Facel Véga. A bien y regarder, c'était bien lui, sans nul doute possible. C'était le fameux double, le célèbre sosie, le prestigieux alter ego, bref l'autre soi-même, celui qui provoquait l'étonnement. On arriverait pas à s'en débarrasser. Un drôle de rhinocéros !
    D'autres personnalités plus ou moins reconnaissables complétaient la table.
    Paul s'assit.
    C'est Paulette qui parla la première.
Il fallait bien que quelqu'un commençât.

LE DISCOURS DE PAULETTE

    " Bonjour Paul. Je suis contente de te revoir après notre séparation.
Tu ne t'étonneras pas que je veuille revenir sur notre malentendu. Je voudrais, si tu n'y vois pas d'inconvénient, en rechercher les causes, en présenter le déroulement et peut-être en tirer les conclusions.
Ta colère à propos du simple fonctionnement de l'Aspirotach m'a beaucoup surprise. Tu ne m'avais jamais montré un tel état d'excitation et je n'avais jamais perçu ce côté colérique de ta personne.
A vrai dire, il serait plus juste de penser à un soudain changement de ton attitude comme si ta personnalité se fut tout à coup transformée et que tu fus devenu une autre personne, comme si tu n'étais plus Paul Ropor mais un autre à sa place lui ressemblant par certains côtés, mais étant différent par d'autres."
"Ah non, Paulette.
Ne me dit surtout pas ça".
"Mais si. Je le dis puisque je le pense.
C'est que par le passé, je n'avais eu pas à me plaindre de ton caractère.
J'avais pu l'apprécier lors de notre première rencontre. Rappelle toi. Ca se passait quelque part en Inde. Je portais un tee shirt très beatnick. Tu m'avais invitée à visiter un temple. Mais au lieu d'aller à la messe, tu avais adopté une audacieuse conduite. Tu m'avais assise d'autorité sur un lingam, à hauteur de table, en me faisant prendre une curieuse position en forme d'oeuf. Non, ce n'était pas pour faire du ski.
Plus tard, tu m'avais confié ton désir de te rendre à Pondichéry sur les tombeaux d'Aurobindo et de la Mère, où tu voulais faire retraite et méditation. C'était pour toi l'objectif prioritaire du voyage.
Or, je confesse aujourd'hui qu'un excessif esprit de contradiction m'avait incitée à te faire demeurer à Khajurhao. Il me semblait avoir découvert un nirvana suffisant pour qu'il ne soit pas nécessaire d'aller en chercher un autre ailleurs. Ton degré de résistance n'ayant rien eu d'exagéré, c'est ainsi qu'au lieu de nous retrouver sous les frangipaniers aurobindiens, nous avions pris pension à l'hôtel des Temples. Il est à recommander à tout amoureux à la recherche d'un nid douillet et discret, malgré son inconvénient, comme on dit prosaïquement, de ne pas être à la porte à côté.
    Bien sûr, le voyage avait dès lors pris une tournure différente de celle qu'il était prévu qu'elle fut, mais c'est de bonne grâce que tu avais accueilli le changement.
Au lieu du calme de la prière, nous avions vécu les moments torrides d'une sexualité exotique et débridée. Il faut dire que la chaleur de la mousson et la consommation du curry poussaient à la chose. D'autre part, la visite quotidienne d'un nouveau temple plus érotique que le précédent n'apaisait en rien les passions. Enfin l'esprit scientifique et rationnel qui est le tien nous avait entraînés dans une double étude.
Celle tout d'abord des caractéristiques de tous les lingams de la région, tant au niveau de leur description que de leur utilisation.
Celle ensuite des profondeurs de mon entrejambes à propos desquelles tu tenais des propos incompréhensibles. "On se croirait au musée d'Orsay. C'est mieux que du Courbet."
Rappelle-toi. Alors que j'étais dans le plus simple appareil, sur le lit, tu m'écartais les cuisses, les jambes en l'air pour un examen minutieux de la configuration des lieux. Mets-toi à ma place. C'était très gênant pour moi. On n'était pas chez le gynéco. J'avais envie de te dire : "Circulez, y a rien à voir !". Mais ma politesse naturelle m'interdisait de m'exprimer. Bref, que faisais-tu, en bas, pendant de si longues minutes ? J'agonisais de honte. Je n'écoutais pas tes commentaires orduriers.
Après ce trop long préambule, on passait à la manipulation. Ca devenait encore plus scabreux. Ton imagination était sans limite. Dois-je donner des exemples ? Non, arrêtons. Des enfants pourraient nous entendre ou bien nous lire.
    Pour en revenir au problème d'aujourd'hui, il faut conclure que, sans nul doute possible et d'une façon générale, mises de côté les exceptions confirmant la règle, il est juste de conclure disais-je, que ton caractère secondaire-passif-émotif est ordinairement plaisant. Mais alors, pourquoi le simple vrombissement d'un habituel appareil ménager a-t-il pu déclencher pareil cataclysme ?
Certains diront que le temps était à l'orage, d'autres que le passage de la comète de Haley à proximité de la planète Vénus prédisposait à la chose, d'autres encore que ton chiffre numérologique était particulièrement exécrable ce jour là, d'autres enfin que des puissances mythologiques provenant du Maharhabata, du Marayana ou d'ailleurs tissaient quelques fils d'une toile invisible mais qui nous concernait.
    Quoi qu'il en soit et en toute objectivité, il apparut qu'en un seul instant, tu t'étais transformé en une autre personne. Je serais tentée de reprendre la phrase de Marcel Proust dans "A l'ombre des jeunes filles en fleurs" : "Je me demandais si le caractère de Gilberte n'était pas autre que ce que j'avais cru."
A ton sujet, je me demandais ce qu'il était advenu du tien en apercevant un inconnu effrayant, un espèce de Garuda, tournant autour de la table avec le couteau du Taj Mahal à la main.
Dans ces conditions, tu ne t'étonnes pas que j'ai trouvé plus prudent d'aller chercher refuge chez ta belle mère. Tu connais sa sollicitude à mon égard, à défaut de développer la même au tien. Tu peux donc imaginer la chaleur de son accueil et la justesse de ses conseils.
Son appréciation est formelle : Ton tort est grand à mon endroit. Il est important à l'égard de Paulin. Et il n'est pas négligeable vis à vis du Chien. En tout état de cause, il mérite réparation. "
    Paul, mal à l'aise, et on le serait à moins, essayait de conserver un air détaché. La diatribe de Paulette restait très subjective et les autres personnes présentes affichaient des attitudes proches de la neutralité.
    Ce fut à Aïsha de prendre la parole.



L'INTERVENTION D'AISHA


" Je me nomme Aïsha.
Je suis une bonne musulmane.
Ce matin, au moment de prendre mon train pour Paris, un messager m'avertît de me rendre à ce rendez-vous. Mon goût de l'aventure et ma curiosité naturelle m'ont conduite ici où je constate que mis à part Paul, ou le supposé tel, je ne connais personne.
Tout cela me met de méchante humeur. D'autant qu'un espèce de mots croisés
dont on ne sait...........PARAGRAPHE ...d'où il sort, ni ou il va, s'entête
à s'incruster dans.......EMACIATION......mon discours.
C'est très génant........LESTE=RQUE .....(rque:fin de marque)
C'est toujours à moi .LU#ENROUEE .....qu'il arrive des
histoires pareilles. .....ETRE#OC#S# .....(oc : langue méridionale)
Bon, ne nous ...........TE#SATIE#U .......énervons pas. (satie : musicien). Restons
parfaitement..............E#G#COTRES .....calme.
Gardons notre..........UTE##NEIGE .......sang froid. (ute : indianité)
Nos vacances.......... SALAUD#NEE .....à Toulon ne sont pas loin
de se terminer.......... ECARTELEES .....C'est pas le moment de les gâcher pour des petits mots qui se promènent.
    Et oui, mon séjour se termine.
La ville de Toulon n'a plus de secret pour moi. J'en connais toutes les curiosités : Ainsi ce monsieur de Cuverville qui n'en finit pas, la rame à la main, d'indiquer le chemin ou d'appeler les poissons ; le boulet de canon anglais accroché à la façade du numéro 89 du Cours Lafayette depuis 1793 (peut-être faudrait-il le rendre à Margareth Thatcher, à Tony blair ou à Winston Churchill) ; le souvenir des sculptures en bois de la Maison des Têtes malheureusement disparues dans la fumée et la confusion, un jour de catastrophe en 1993 ; le canon rouillé de la rue du canon ; les atlantes qui veillent à la porte de l'arsenal, et leurs cousines, les cariatides de Puget, du quai Stalingrad pouvant soutenir à la fois le balcon de la mairie annexe, le poids des ans et pourquoi pas le porte avions Clémenceau voire le cuirassé Potemkine.
    Sur le plan humain, mon séjour a été tout aussi profitable. Ces vacances m'ont apporté une relaxation générale du corps ainsi qu'un enrichissement de l'esprit, tant au niveau de ma culture générale qu'à celui de mon vécu quotidien.
La rencontre avec Paul a été positive même si j'ai refusé sa proposition bizarre d'étudier l'itération et la condition chez Marcel Proust.
Il s'est correctement comporté dans les aventures érotiques où je l'ai entraîné. Pour cela, il a montré la souplesse suffisante et nécessaire à la fois dans l'esprit et dans les reins pour que notre rencontre réconcilie la gymnastique et l'imagination. Il a utilisé le guéridon de l'entrée de façon à prouver que l'acrobatie n'empêche pas l'ingéniosité. Il a su, au moment voulu, me susurrer des mots doux et excitants à l'oreille, tels que "belle salope", "sacré garce", "espèce de pétasse" et "magnifique putain". Il a su utilisé chez moi toutes les cavités, tous les interstices, toutes les profondeurs, tous les orifices qui méritaient l'exploration d'un esprit curieux. Je dois le dire, on a joui, c'est pas possible.
Bref, je le rends à Paulette en la remerciant de me l'avoir prêté, même si le consentement n'a été que tacite et postérieur, en l'assurant ne l'avoir ni usé ni abîmé, enfin, en jurant qu'il est toujours prêt à fonctionner aussi, bien sinon davantage, qu'auparavant."
    Quelques secondes de silence suivirent où chacun, mais de manière différente, put tirer la leçon de ce qui venait d'être dit.
Puis, un petit homme rondelet, à la peau basanée, voulut intervenir. Sa barbe était comme enrubannée, d'une façon méthodique et bizarre, donnant une impression de sillon en son milieu. Ses cheveux disparaissaient sous un turban se terminant en pointe.
N'était-ce pas un Sikh ?
C'en était un.

LE REQUISITOIRE DU SIKH

    " Je suis le manager de l'hôtel Taj Mahal de Bombay.
Ma tenue indique clairement mon origine sikh. A ce sujet, je voudrais d'entrée et, aequo animo, dissiper toutes craintes en affirmant que je ne partage pas les idées indépendantistes de certains de mes concitoyens et, qu'a fortiori, je suis absolument étranger aux avènements sanglants du temple d'or d'Amritsar ainsi qu'à l'assassinat de madame Gandhi. Ita est. Vous voudrez bien pardonner l'emploi de formules latines mais elles sont les réminiscences inévitables de mes humanités faites à la Sorbonne ainsi que le résultat de minutieuses études opérées dans les pages roses du petit Larousse illustré. Il faut ajouter par ailleurs que mon intérêt pour la culture latine n'entrave en rien ma curiosité pour la civilisation grecque. Ainsi, j'approuve sans restriction la demande du gouvernement hellène faite auprès des autorités de Grande-Bretagne, de restituer les fresques du Parthénon actuellement exposées au British Museum, n'en déplaise à lord Carington.
Du coup, cela m'a donné l'idée de tenter une démarche similaire dans le but de récupérer un couteau en métal argenté qui a disparu de notre inventaire il y a quelques années et qui nous manque beaucoup depuis. Nous y sommes très attachés parce qu'il fait partie d'une série. Sa fourchette et sa cuillère se trouvent très orphelines sans lui. Et puis, nous autres, pays du Tiers Monde, connaissons déjà tant de difficultés autant économiques que sociales que nous devons veiller jalousement sur tous les éléments de notre maigre capital. Beati possidentes. Nous ajouterons que le Fonds Monétaire International accorde un soutien total à notre démarche.
    Nous avons appris, de auditu, que monsieur et madame Ropor n'étaient pas étrangers à la disparition de l'objet. Alors, au nom de la morale la plus élémentaire et, ab imo pectore, j'ai le devoir de participer à cette assemblée pour faire publiquement reproche aux délinquants de la grande indélicatesse qui fut la leur lors de leur voyage dans notre contrée. J'ose espérer que les relations internationales entre les deux pays n'en seront pas affectées. Notre hôtel de classe internationale a l'habitude d'une clientèle dont la parfaite éducation et les bonnes manières ne sont plus à démontrer. Jamais, de mémoire de directeur de l'hôtel, un tel fâcheux avènement ne s'était produit auparavant. Juste après le méfait, j'ai pris les mesures énergiques, in tempore opportuno, pour que la chose ne puisse plus se reproduire et mon conseil d'administration a pleinement entériné mes décisions. Désormais, chaque serveur responsable de table, dans la discrétion la plus absolue, se trouve chargé de faire l'inventaire des couverts à la fin de chaque repas et il a été annoncé que la disparition d'un élément de la table donnerait lieu à une retenue sur le salaire mensuel. Bref, tenere lupum auribus. Malheureusement, le conseil d'administration a refusé qu'une petite prime de surveillance pût accompagner le changement de régime et l'accroissement de responsabilité. J'espère qu'une amélioration de notre compte d'exploitation nous permettra de le faire bientôt. Labor omnia vincit improbus. Parallèlement, le portier de l'hôtel a reçu la consigne d'opérer un barrage systématique sur tout individu suspect. La tâche n'est pas facile. Le but est de pouvoir établir la différence dans la clientèle occidentale entre l'homme d'affaires dollarisé vêtu d'un costume-cravate et possesseur d'une importante collection de cartes de crédit, et le routard désargenté affublé d'un sac à dos et de la poussière de la route. L'objectif est de recevoir chaleureusement le premier et d'aiguiller le second vers une structure d'accueil différente, plus conforme à son genre de vie.
    Pour conclure et désirant revenir sur le sujet principal qui nous occupe aujourd'hui, de façon très solennelle et par un ultime souci de conciliation, j'affirme accepter d'oublier le fâcheux larcin dont mon établissement fut victime, à la condition, bien sûr, que le couteau nous soit restitué hic et nunc. Il est très attendu à la fois par le serveur de la table volée, par l'intendant de l'hôtel, par la ville de Bombay, par le peuple indien tout entier, et, n'en doutons pas, par le Fond Monétaire International lui-même. Deos gratias."
    Un silence pesant s'ensuivit. L'argumentation du sikh paraissait solide, bien qu'un tant soit peu pédante.
On pouvait le pardonner à quelqu'un venant de si loin.
Par contre, chacun regardait Paul d'un air sévère, lequel ne paraissait pas pressé de répondre.
    Alors, le tour de table se continua.

LES PROPOS DE GASTON PIGASSE

    "Mon nom est Gaston Pigasse. Je suis étudiant en deuxième année à l'institut universitaire de technologie dans la section des entreprises et des bonnes affaires. J'assiste assidûment aux leçons d'organisation administrative de monsieur le professeur Ropor. Je viens déclarer ici que le cours est intéressant dans son ensemble, et que les étudiants portent un jugement globalement favorable à son encontre.
    La méthode S.C.O.M. a été correctement exposée. Les tables de décisions ont été convenablement dressées à partir des organigrammes. L'arbre programmatique a réussi à tenir debout, avec toutes ses branches, alors qu'il y avait grand Mistral, dehors, le jour de son explication".
    Paul reprit confiance. Il respira un grand coup. Le jugement à son égard était positif. Pourvu que cela se continuât.
"Cependant, je me dois de formuler une certaine critique concernant la méthode Pert."
    La guigne ! voilà que le dénigrement recommençait.
"Il s'agit de certaines situations de blocage dans la construction du réseau qui ne peuvent être résolues avec les règles élémentaires habituelles. A la suite de recherches personnelles à la bibliothèque, je peux avancer que monsieur Ropor a omis d'aborder le cas des tâches fictives. Il s'agit de tâches virtuelles, n'existant pas dans la réalité, mais prolongeant les opérations réelles dans la construction du graphique. Elles doivent être représentées en pointillé, comporter l'identification alphabétique de leur tâche de référence et être affectées d'une valeur égale à zéro. Il va de soi qu'elles doivent être prises en compte comme des tâches ordinaires dans le calcul du temps d'étape ainsi que dans celui du temps limite sous peine de tomber dans l'inutilité la plus totale et dans la désuétude la plus navrante. Elles sont utiles principalement dans le cas d'arrivées ou de départs multiples, pouvant, du même coup, imposer leur propre temps d'étape ou limite avec toutes les conséquences qui peuvent s'ensuivre dans la détermination du chemin critique.
J'ajouterai que mes camarades de l'amphithéâtre m'ont demandé de parler en leur nom, et que je suis donc mandaté pour réclamer que l'on veuille bien reprendre le cours sur la méthode Pert afin de traiter dans le détail, l'allégresse et la plus sincère franchise, ce problème des tâches fictives qui préoccupe les étudiants certainement autant que le lecteur.
Pour l'avenir, nous exigeons que la totalité du programme auquel nous avons droit nous soit développée et qu'aucune rétention de connaissances ne vienne occulter quelque chapitre comme je viens d'en donner un exemple".

LE COMPTE RENDU DU FACTEUR

    "Je suis le préposé du quartier de La Serinette et je me nomme Guy Berthelot. Pour couper court aux propos malveillants de ceux qui avanceraient que je suis le facteur de l'endroit, j'affirme publiquement que mon titre est celui de préposé (des P.T.T.) et pas un autre. Je suis un préposé rattaché à la poste annexe du Mourillon. Si j'ai plaisir à me tenir en votre compagnie par cette après-midi ensoleillée qui inciterait davantage à rejoindre la plage de la Mitre, c'est que je ne voulais pas laisser passer l'occasion qui m'est offerte de faire le point de mes relations avec monsieur Ropor.
    Depuis bientôt quatre ans, je suis donc le préposé du quartier et personne, je pense, n'a eu à se plaindre de moi. Ma diligence à porter les lettres est bien connue. Ma discrétion à ne pas lire le verso des cartes postales est totale. Mon soin à joindre le récipiendaire d'un mandat ou d'une lettre recommandée est opiniâtre, afin de lui éviter de se déplacer rue Castels. Bref, pour tout ce travail accompli avec conscience, j'étais plein d'espoir quant au succès de la vente du calendrier de fin d'année, d'autant que mon administration m'avait autorisé à distraire une partie importante de mon temps de travail pour pouvoir faire les visites à domicile.
Or, monsieur Ropor s'est refusé, cette année, à acheter l'objet.
Pourquoi ce changement dans les habitudes ? Pourquoi ? Monsieur Ropor de l'année nouvelle est-il différent de celui de l'an passé ? Je dois révéler que j'en suis très affecté. J'ai peine à croire que mon client ne puisse prélever sur son budget la modique partie qui serait nécessaire à ce genre d'étrennes. La misère de monsieur le Professeur n'en n'est pas arrivée à cet état extrême ou dès lors que va-t-il advenir de l'Education dite Nationale ?
    Mais alors, je m'interroge et je m'angoisse. La raison du refus ne peut être qu'une suspicion à mon égard, un acte de méfiance, une punition en relation avec mon travail, ou même, plus grave, une prévention à l'encontre de ma personnalité ou même de ma moralité. Depuis de longs jours, ce problème me mine au point d'en perdre l'appétit le jour, et le sommeil la nuit. Je cherche quelle est la faute que j'ai pu faire et où j'ai pu la commettre. En vain. Je ne trouve rien.
Alors, j'en arrive à penser qu'il n'y a pas de reproche à m'adresser. Il s'agit d'une simple lubie de monsieur Ropor, dont il ne mesure pas l'effet qu'elle peut produire sur la victime. C'est un acte gratuit, accompli avec la plus grande légèreté, sans qu'il ait été réfléchi à ses conséquences. Ou bien, c'est un acte d'une grande perversité d'une personne diabolique dont on n'avait pas perçu la réelle personnalité jusqu'ici. Un peu comme si le responsable de cet acte n'était plus celui respectable que l'on avait connu mais un autre à sa place, lui ressemblant par l'apparence, mais s'en distinguant totalement par la conduite
Cette situation est inadmissible. Elle est même intolérable. Elle est trop grave pour rester dans l'anonymat et l'impunité.
C'est pourquoi, je viens la dénoncer ici et publiquement, aujourd'hui."
    Paul se sentait de plus en plus mal. Un accablement total. Il se recroquevillait sur lui-même. Il s'enfonçait dans son siège.
Il lui semblait même qu'il rapetissait au fur et à mesure des reproches, et, somme toute, il pensait que ce ne serait pas un mal s'il advenait qu'il puisse se minusculiser au point de disparaître hors de la vue de cette assemblée inamicale. Le monde des Lilliputs ou celui des microbes était sans doute plus accueillant. Un autre personne intervint.

LES PAROLES DU JOURNALISTE DU MONDE

    "Je suis journaliste correspondant du "Monde" et me nomme rené Gruet-Giraudon. La rédaction de mon journal a reçu une nouvelle sous la double signature de Paul Ropor et de Léopold-Antoine Ferrand. Je viens vérifier la réalité de l'identité de l'envoyeur car un quotidien de notre notoriété ne peut permettre à un éventuel mauvais plaisant d'usurper l'état civil d'un autre et lui faire endosser la paternité d'idées qui ne seraient pas les siennes. Ce ne serait pas la première fois que cela se produirait.
    Or, la réunion présente me plonge dans l'incertitude. Si certains témoignages sont allés dans le sens de la reconnaissance, d'autres ont avancé l'hypothèse que le dénommé Paul Ropor ne serait plus ce qu'il a été, qu'il serait habité d'une âme quelque peu différente de celle d'origine, bref qu'un doute demeurait quant à l'infaillibilité de son identification.
    J'entends aussi qu'on ne le reconnaît plus en tant que tel. Son nom, même, fait l'objet d'une incertitude, voire d'un contentieux.     Alors, le cas est ennuyeux pour notre journal. Je vais devoir faire un rapport à ma rédaction et ma conclusion risque d'être très prudente. C'est qu'il faut prendre en compte que notre comité de lecture comprend des personnes respectables tels quelques éminents académiciens français dont l'âge interdit qu'un excès d'émotion vienne à en déranger la santé.
Mon opinion définitive n'étant pas encore établie, vous me permettrez de vouloir rester attentif à la suite de la discussion."
    La tension qui pesait sur l'assemblée venait de baisser d'un cran. La sérénité et la sagesse du journaliste rassuraient. Les accusations portées contre Paul avaient été sans doute excessives et trop subjectives pour être totalement honnêtes. Et puis, l'intéressé n'avait pas eu l'occasion de s'exprimer. Peut-être allait-il le faire, et d'un seul coup de brillante rhétorique balayer toutes les mauvaises rumeurs qui lui portaient ombrage. Le silence était total. Une mouche se serait entendue voler.
    Effectivement, Paul prit la parole.

LA REPONSE DE PAUL

    "Chers amis. J'ignore qui nous a réunis aujourd'hui, ni pour quelle raison, mais je suis quelque peu chagrin de constater que, spontanément, notre petit groupe se soit érigé en une sorte de tribunal devant lequel j'aurais à répondre. Mais de quoi donc, je vous le demande ?
Je n'ai certainement pas l'honneur ni l'indignité nécessaires pour tenir ce rôle."
    Tout le monde approuva cette remarque frappée, comme on dit, du sceau du bon sens.
    "Je suis un professeur ordinaire, qui regrette parfois de l'être bien que n'ayant jamais fait grand chose pour le devenir. Je suis un honnête mari que seul un concours de circonstance inopiné a pu détourner de la vertu. En tant que citoyen, j'assure avoir toujours voté pour des candidats parfaitement respectables et absolument pas davantage malhonnêtes que leurs concurrents. Bref, je m'acquitte de mes tâches professionnelles, conjugales ainsi que civiques avec la plus grande application et le constant désir de bien faire.
Si parfois je peux faire l'objet de critiques, vous reconnaîtrez que rien n'étant totalement parfait en ce monde, il convient de faire preuve de tolérance à mon égard, et de considérer que personne n'est à l'abri d'une légère faiblesse ou d'un modeste mouvement d'humeur. J'affirme donc que ma bonne volonté est entière et je vais m'employer à en apporter une preuve éclatante.
    Ainsi, au jour d'aujourd'hui, mon plus fort désir est d'enseigner la méthode Pert dans son intégralité, y compris l'explication des tâches fictives.
    Il est aussi de vouloir effectuer un pèlerinage à Khajurhao en compagnie de Paulette pour la rassurer sur la permanence de mon affection et de ma fidélité retrouvée.
Je l'assure aussi n'avoir aucun grief contre Le Chien. A ce sujet, je souhaiterais prendre exemple sur Yudishthira qui refusa d'entrer au royaume des cieux sans son chien. Je n'ai pas grand mérite sachant que le dit chien se changea en Dharma, prince de la mort et de la justice et qu'Indra, le dieu de la classe noble déclara: "Parce que tu as refusé de monter sur ce char divin, à moins que le pauvre chien ne soit glorifié, lui qui te regardait, vois ! Personne au ciel ne sera au dessus de toi, roi, fils de Bhârata. Entre donc pour les félicités éternelles. Tu trôneras avec nous."
    Au cours du voyage, je ne manquerai pas de rapporter à Bombay l'ustensile qui a fait si cruellement défaut à l'hôtel Taj Mahal, et dont je n'avais pas imaginé que l'absence pût engendrer tant de difficultés .
    Dans un total esprit de contrition, et bien que l'on se trouvât au mois d'août, je m'engage également à acheter le calendrier des postes de l'année en cours, à son prix entier, sans tenir compte de la dépréciation due à l'obsolescence des mois déjà écoulés.
    Enfin, je dirai à monsieur le journaliste du "Monde", pour le rassurer, que, sans aucun doute possible, et dans la bonne foi la plus compléter, je suis effectivement et totalement moi-même."
La plaidoirie avait été habilement menée. L'auditoire semblait convaincu. Les réprobations antérieures s'étaient probablement envolées car, comme dans un discours électoral, chacun avait pu trouver motif à satisfaction.
    C'est alors que le dernier invité que l'on avait un peu oublié, et qui depuis le début se tenait dans une prudente et timide réserve, voulut intervenir à son tour.
Il s'agissait de cette curieuse personne qui ressemblait à Paul à s'y méprendre, un peu comme si ce fut son jumeau. Peut-être l'était-il et allait le proclamer ?

L'HISTOIRE DU DERNIER INVITE

    " C'est moi le sosie de qui vous savez et je vais vous raconter mon histoire.
" Il se trouve que ..."
    Paul le coupa violemment.
" Il va vous raconter n'importe quoi. Ne l'écoutez pas. "
" Mais voyons ..."
" Il va vous dire qu'il est envoyé par Ganesh, Vichnou, Krischna et les autres ..."
" Mais pas du tout. "
" Paulette, méfie-toi, il en a après toi. "
" Mais aucunement. "
" Il veut t'emmener à l'île Eléphanta. "
" Mais qu'est-ce que c'est que cette invention. Je ne connais même pas l'île Eléphanta. "
" Messieurs, mesdames, je vous prends à témoin. Cet homme est dangereux. Regardez comme il a pris mon apparence. C'est sans doute pour mieux nous berner, pour mieux nous abuser, moi-même et vous autres aussi.
Maintenant, je vois clair dans son jeu. Il veut me séparer de Paulette. Il a des projets lubriques sur Aïsha. Et puis, il conduit des voitures qui volent dans les airs. Il envoie des paquets de la Redoute. Il nous nargue. Il ..."
" Mais pas du tout. C'est dément."
" Mais si. Regardez.
Voici qu'il a sorti une clé de sa poche et qu'il l'a posée sur la table. C'est très grave. Je vais vous expliquer pourquoi. "
" Mais enfin, il n'y a rien de plus naturel. C'est la clé de ma voiture que je viens de placer sur la table en même temps que mon paquet de cigarettes afin de ne pas déformer les poches de ma veste. Et puis après tout, je n'ai pas à me justifier de je ne sais quel forfait.
D'autant que mon pourfendeur me semble la proie d'une excitation peu commune, voire d'un état de paranoïa avancée. A vrai dire et sans vouloir désobliger notre ami, j'ai de grandes inquiétudes pour sa santé mentale. La cohérence de ses propos ne me parait pas évidente.
Que viennent faire parmi nous Ganesh, l'île Eléphanta et La Redoute ? Je vous le demande très sérieusement. Ne pensez-vous pas que son esprit se trouve un tant soit peu dérangé ?
Mais alors, est-il raisonnable de le laisser divaguer de la sorte ? Ne conviendrait-il pas de lui prodiguer quelques soins ? "
    Le manager de l'hôtel Taj Mahal intervint.
    "Certains points paraissant de ma compétence, je vais vous apporter quelques éclaircissements, ex professo. Ainsi, l'île Eléphanta existe bien. Elle se trouve chez nous près de Bombay. On s'y rend facilement en bateau pour aller visiter les grottes sacrées. Quant à Ganesh, c'est un de nos dieux préféré. Beaucoup de mes compatriotes se complaisent à lui présenter des offrandes. Mais pour n'offenser personne, on peut ajouter qu'il n'est pas interdit d'exercer un choix différent. Certains s'intéressent à Vichnou, d'autres préfèrent honorer Krishna ; ces dieux là, notamment grâce à une publicité bien faite, ont su conquérir une notoriété dépassant les frontières; on trouve même de leurs zélateurs dans les grandes capitales occidentales. Ce sont des avatars vêtus de robe safranée, rasées de la tête, agitant crécelles et tambourins, et marchant à la queue leu leu en sautillant. De nombreuses personnes en ont rencontrés, toujours avec curiosité, parfois avec étonnement.
Pour être complet, il faut encore préciser qu'il existe chez nous beaucoup d'autres dieux lesquels, pour n'être pas trop connus hors de leur pays, n'en sont pas moins méritants ; bien sûr leur renommée est moins grande et leur nom moins médiatisé. Leur pouvoir est peut-être moins puissant, mais ils peuvent compenser cet inconvénient par davantage de disponibilités pour s'occuper des petites affaires que vous pouvez leur confier. De plus, ils ne peuvent qu'être flattés que vous les ayez choisis, alors que des confrères plus en vue disputaient également vos suffrages. Tous ces arguments sont à prendre en compte au moment de faire votre choix.
Pour en revenir à Ganesh, il est tout de même gênant que notre dieu à tête d'éléphant soit vulgairement mêlé à une discussion de café, sur le port de Toulon. La chose n'est pas habituelle. Il y a là une situation inconvenante, un manque de respect notoire. Je n'imagine pas la réciproque, par exemple que la Vierge Marie puisse alimenter les conversations des pensionnaires d'un restaurant végétarien de Bénares.
En conséquence, je demande que ma remarque soit inscrite au procès verbal de la séance, à toutes fins utiles, et sous réserve de faire valoir.
Quant à monsieur Ropor, j'éprouve de l'inquiétude pour son équilibre mental. Sa nervosité me semble disproportionnée par rapport à l'avènement et relève peut-être d'un cas naissant de sociopathie. Alors, dans un esprit d'apaisement et d'ultime générosité, je propose, si vous le voulez bien, d'intercéder en sa faveur auprès de celui que l'on a traité avec tant de légèreté tout à l'heure mais qui néanmoins se trouve prêt à démontrer son absence de rancune. Je veux nommer Ganesh en personne, ad majorem dei gloriam."
    L'auditoire après un temps de prostration semblait reprendre courage. Des lueurs de solutions paraissaient se présenter. L'aide de Ganesh serait certainement la bienvenue.
    Paul essaya encore de se défendre.

LE CLONE ?

    " C'est une conspiration. Je suis parfaitement normal. Non, je ne suis pas un sociopathe. Tout est de la faute de ce sosie. Toute la semaine, il m'a poursuivi voire pourchassé. Il a un pouvoir surnaturel. C'est un clone surgi d'on ne sait où, si ce n'est d'une éprouvette diabolique. Il veut me remplacer auprès de Paulette. Aidez-moi. Ne le laissez pas parler. Chassez le. Renvoyez le Ó.."
    Les convives étaient une nouvelle fois atterrés. On comprenait mal l'exaltation de Paul. On se prenait à le juger sévèrement.
Paulette résuma le sentiment de tous.
    " Mais voyons, Paul. Pourquoi t'excites-tu de la sorte ? Personne ne te veut du mal. Le terme de sociopathe employé par l'un de nous a certainement dépassé le sens de sa pensée réelle sous l'effet de la passion d'une part, et du débordement de l'art oratoire de l'autre. Essaie de retrouver ton calme. Ton comportement est cependant étrange depuis quelques jours. Aujourd'hui, ton état semble empirer. Ne crois-tu pas qu'un repos dans quelque lieu spécialisé te serait nécessaire sinon salutaire ?
    Et puis, fondamentalement, on observe que tu n'es plus le même. Tu n'es plus toi-même depuis quelque temps. Mais alors qui es tu vraiment ? Que nous caches-tu ? Que nous tu ?"
    Paul parcourut le regard de chacun et y trouva une irrémédiable approbation de ce qui venait d'être dit.
Alors, il réalisa qu'une rupture définitive avec l'état des choses devait se produire.
La solution présente à son problème était dans la révolte ou mieux encore dans la fuite.
    Par l'effet du hasard, ses yeux se fixèrent sur la table et plus précisément sur la clé de voiture qui s'y trouvait. Etait-ce en raison de son émotion et du voile de larmes qui embuait ses pupilles, toujours est-il que la clé lui apparut bizarrement resplendissante. Elle semblait animée de mille feux minuscules, de mille particules ondoyantes et circulatoires qui se déplaçaient en s'entrecroisant. Elle paraissait faite de matière vivante, mais d'une matière chaude, accueillante, s'offrant au contact et comme animée par une onde favorable. Peut-être suffisait-il de s'en saisir pour échapper à ce monde inamical et s'envoler dans un milieu plus favorable. Mais non, rien ne garantissait le résultat. Tout ça n'arrivait que dans les histoires ou dans les contes de fée.
    Alors, Paul se leva et dit :
    "J'entends certains affirmer que je ne suis pas moi-même.
Or ce moi-même paraissant présent à cette table, cela signifierait que je ne suis pas ici et donc que je suis probablement ailleurs.
Vous me permettrez donc d'aller vérifier la chose et de prendre congé de vous.
Messieurs, mesdames les censeurs, je vous salue."
    Et Paul s'éloigna pour rentrer chez lui.